La fraude aux faux streams dans le Rap Français commence à faire plus de bruit que la vraie musique. Pour cause, on entend toujours les mêmes bruits de couloirs à chaque sortie d’album, chaque succès, chaque nouveau hit et les mêmes suspicions sur les réseaux sociaux entre les auditeurs de Rap Français.

La fraude au streaming dans le Rap Français

Selon les internautes, tout le monde triche et toutes les écoutes seraient plus au moins pipées, peu importe la plateforme de streaming utilisée (Spotify, Deezer, Apple Music, Amazon Music, YouTube). Les auteurs des bandes originales de nos vies actuelles (Orelsan, Ninho, Jul, Vald, PNL, Booba, Gazo…) seraient tous suspectés de payer pour des streams artificiels.

Par ailleurs, Booba lui aussi visé par la rumeur a taclé Ninho récemment en l’accusant d’acheter des streams. Captures d’écran à l’appui, il démontre que ce dernier était classé numéro un dans plusieurs pays d’Asie du Sud-Est et se demande depuis quand les Thaïlandais écoutent des rappeurs francophones.

Le vice-président de Deezer en charge de la lutte contre les faux streams explique qu’il y a très peu d’utilisateurs de la plateforme dans ces pays et beaucoup d’expatriés français. Ce serait la raison pour laquelle des rappeurs francophones se retrouveraient souvent dans les charts.

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L’écoute de la musique en ligne en illimité a eu un impact considérable sur la façon de produire ou de consommer la musique. En France, c’est le rap qui a le plus profité de cette révolution des usages. Mouvement affamé, laissé pour compte par les grosses maisons de disques, inventant de nouvelles stratégies marketing et s’adaptant aux goûts des jeunes, qui ont été les premiers à s’emparer du streaming, le rap dévore véritablement la musique en France.

Avec chaque succès dans l’industrie musicale viennent les arnaques. Aujourd’hui, la mode est à l’exploitation des failles des plateformes de streaming. Les faux streams sont d’ailleurs apparus dès 2011. Un groupe de rock inconnu au bataillon avait réussi l’exploit de se classer deuxième du top single France de Spotify entre Adele et Rihanna. La combine ? Demander à toute sa famille de jouer un morceau en boucle.

Une décennie plus tard, la fraude a pris beaucoup plus d’ampleur et est devenue plus complexe à détecter et s’est généralisée. Alimentant ainsi la méfiance perpétuelle des auditeurs, devenant ainsi une véritable préoccupation de l’industrie du disque.

La fraude au streaming : Tout le monde triche sauf moi

En France, une partie des fraudeurs arrive même à toucher le haut du classement. Aujourd’hui, tout le monde s’accuse de triche tout en prenant soin de se dédouaner. Il y a quelques années, la fraude aux streams n’impliquait que des artistes émergents qui cherchaient à se démarquer pour rentrer dans les playlists des plateformes et avoir des passages radio.

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Désormais, des artistes du top 200 avec des millions de vrais streams recourent à cette technique pour garder leurs places dans les charts. Pour eux, tout est question d’égo et de guerre des chiffres. Un tel artiste ne peut pas avoir plusieurs dizaines de millions de streams sur un album et faire un mauvais démarrage à la sortie d’un nouveau projet.

Le stratagème vient conforter le rappeur et les consommateurs suivent malheureusement, car ils ne se fient dorénavant qu’aux chiffres. Sur le long terme, cette triche vient aussi perturber les recommandations algorithmiques des différentes plateformes.

De nos jours, le jeune public s’intéresse donc davantage aux chiffres qu’à la qualité de la musique. Les projets sortent en général le vendredi et les chiffres sont pipés pour susciter de l’intérêt, de la visibilité et du temps d’écoute.

Battre un hypothétique record devient un argument marketing depuis que le rap s’écoute avec les yeux et faire de gros chiffres est synonyme de qualité artistique pour la jeune génération d’auditeurs.

La fraude aux streams suscite aujourd’hui énormément de débats dans l’industrie de la musique. Les données ne sont pas partagées par les plateformes, ce qui empêche d’y voir clair. Toutefois, de nombreux professionnels s’accordent à dire qu’il y a environ 30 % de faux streams dans les nouvelles sorties françaises.

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La première semaine d’exploitation d’un projet inflige aux artistes une pression de plus en plus grande et c’est à ce moment de la promotion d’un projet que l’on observe le plus de fraudes. Plus un rappeur est connu, plus il a de vraies écoutes et moins ça se voit. La fraude aux streams est donc devenue le nouveau terrain de jeux de ceux qui conçoivent ces techniques frauduleuses en constante évolution.

Les rappeurs et les maisons de disques jouent la surenchère et enchaînent les records pour les inclure dans leur stratégie de communication. La question qu’on se pose à l’ère de la musique fast-food : est-ce qu’on n’a pas perdu l’essence même de ce style de musique à trop vouloir le rendre mainstream ?