Les plus visibles et les anonymes du Rap Français

Vous avez surement vu ces figurantes dans les clips de Booba, Niska, Gims ou bien Gazo. Mais pour ces modèles vus des millions de fois dans ces vidéos dans lesquelles l’affichage de la richesse fait partie des codes, l’argent est loin de couler à flots.

Les figurantes dans les clips sont à la fois parmi les plus visibles et les plus anonymes du Rap Français. Des visages et des corps que l’on voit tous les jours, mais dont les noms n’apparaissent nulle part. Ni dans le générique du clip ni sur les pages Instagram des agences de mannequins.

Se cache derrière les clips, l’histoire de plusieurs, mères, esthéticiennes, danseuses hip-hop, étudiantes, go-go danseuses. Souvent, elles n’existent que pour questionner ou critiquer leurs vêtements, l’hypersexualisation des clips, le sexisme dans certains textes dégradants pour l’image de la femme. Mais peu d’attention est accordée aux conditions de travail et de rémunération de ces femmes, qui, pour certaines, espèrent se lancer dans le cinéma ou la musique.

Figurante clip de Rap

L’univers précaire des figurantes de clips de Rap Français

Dans cet univers précaire, la plupart des productions cherchent à réduire les coûts liés aux modèles. La rémunération est donc instable et varie selon les conditions de tournage. Une enquête de Médiapart révèle qu’une prestation dite « classique » ou « en maillot de bain » est payée 150 euros. Les shootings en lingerie peuvent coûter jusqu’à 200 euros, tandis que les « twerkeuses » sont rémunérées de 250 à 500 euros.

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Outre la rémunération, les figurantes rapportent parfois des conditions de travail difficiles, qu’il s’agisse de la durée du tournage ou des prestations proposées. Lihliaa se souvient d’un long tournage avec Booba dans un théâtre, il faisait froid et il n’y avait ni nourriture ni boisson pour les figurantes. Elle s’était plainte à l’artiste, qui a directement fait remonter les problèmes à la production : « Comment ça, on prévoit un budget, mais il n’y a pas à boire ou à manger ? » Outré et très remonté contre la prod. Il a réussi à leur avoir gain de cause.

L’enquête a mis en évidence des failles dans un milieu complexe, où les contrats sont rares, où la concurrence est rude et accrue, faisant baisser les prix. « Maintenant, je suis payée 250 euros, avant, c’était 500 euros le clip » déclare Ruby, figurante. Des productions se permettent même de proposer une rémunération basée uniquement sur la visibilité et la viralité du clip, mais les vues ne paient pas le loyer. Vous pourrez retrouver l’intégralité de l’enquête sur le site de Médiapart.