Ils étaient alors en première ligne. En avril 2002, au lendemain de la qualification de Jean-Marie Le Pen pour le second tour, les rappeurs multiplient les efforts pour stopper le projet de l’extrême droite. Vingt ans plus tard, c’est silence radio ou presque…

« C’est le seul son hardcore depuis que le rock n’a plus de couilles » Lino

Le rap s’est imposé comme une musique contestataire dès son arrivée en France dans les années 1980. Les rappeurs ne manquent jamais une occasion de dire non au racisme et déplorent la montée de l’extrême droite dans le sillage des punks et des gangs de chasseurs de skins.

« Qui peut prétendre faire du rap sans prendre position » Arsenik

Le Rap Français VS le FN

Il y a vingt-cinq ans, des groupes comme Assassin, IAM ou Ministère AMER, s’associaient à un titre quasi sans fin devenu mythique : 11’30 contre les racistes.

Alors, quand Jean-Marie Le Pen s’est retrouvé au second tour de l’élection présidentielle, ça a eu l’effet d’une bombe dans la Planète Rap. En avril 2002, les producteurs de « Sachons Dire Non » ont organisé un freestyle de plus de 10 minutes avec comme casting (Sniper, Tandem, Ärsenik, Wallen, etc.).

La rappeuse Princess Aniès avait aussi sorti dans l’urgence le titre collectif Hip Hop Citoyen.

À lire aussi :  Squeezie sera le premier YouTubeur à intégrer le Musée Grévin

Stomy Bugsy et Passi ont même reformé le groupe Ministère AMER pour l’occasion.

Normalisation de l’extrême droite vingt ans plus tard

Vingt ans après, la mode n’est plus au barrage à l’extrême-droite dans le Rap Français. Pour la nouvelle génération de rappeurs, la présence de Marine Le Pen au second tour ne semble pas réellement les déranger, ni dans leurs titres, ni sur leurs réseaux sociaux.

Heureusement qu’il reste quelques érudits pour continuer le combat, on peut citer le rappeur Kery James qui a sorti récemment le clip du titre « Marianne ». Il alerte dans le titre sur la montée de la haine en France et cette vision qui aspire à deviser les Français pour espérer régner et arriver enfin au pouvoir. Cette tendance à leurrer les populations les plus pauvres, en pointant du doigt la diversité qui fait aujourd’hui la plus grande force de la France, comme étant la source de tous les maux de la société actuelle. Axe souvent utilisé pour ne pas avoir à expliquer et à résoudre la situation économique actuelle qui devient de plus en plus critique.

Le Grand Médine a aussi répondu présent face à la banalisation de l’extrême droite. Fléau contre qui il ne cesse de luter dans ses titres aux paroles engagées et aussi en donnant son avis politique sur ses réseaux sociaux ou encore en interviews. Le rappeur du havre avait d’ailleurs exprimé ouvertement son soutien au candidat de l’union populaire Jean-Luc Mélenchon au premier tour. Il se dit maintenant être obligé de voter pour Emmanuel Macron, car selon lui, l’extrême droite est un point de non-retour et le dialogue ne sera plus possible.

À lire aussi :  Burger King innove avec son burger : 20 tranches de fromage, sans viande

Grâce aux rappeurs contestataires, le Rap Français a encore de beaux jours devant lui. Ces artisans de la rime aiguisée qui continuent à perpétrer un art ancestral contre vents et marées devraient être remboursés par la sécurité sociale parce qu’ils sont aujourd’hui d’intérêt général. Comme dirait la Scred Connexion : Jamais dans la tendance, toujours dans la bonne direction.